Le cépage Noah : histoire, interdiction et mystère d’un raisin oublié

Avez-vous déjà entendu parler du cépage Noah ? Longtemps cultivé en France, le Noah (ou Noa) fait aujourd'hui partie des variétés de raisins presque disparues et entourées de mystères et de controverses. Il a en effet été interdit en France dans les années 1930. Quelle est l'histoire du cépage Noah ? Pourquoi a-t-il été interdit ? Est-il dangereux ? Dans cet article, nous plongeons dans l'histoire fascinante d'un cépage pas comme les autres.

 

Qu’est-ce que le cépage Noah ?

Le cépage Noah est un cépage hybride venant d'Amérique du Nord. Il s’agit d’un croisement entre deux vignes, Vitis riparia et Vitis labrusca. Il fait son arrivée en France au XIXe siècle dans un contexte assez particulier. La crise du phylloxéra était alors en train de ravager le vignoble français. Pour sauver leurs vignes, les vignerons se tournent vers des cépages américains, naturellement résistants au phylloxéra, puisque le puceron est en réalité originaire d'Amérique du Nord.

Il se trouve que le cépage Noah a beaucoup de qualité. Il a une résistance naturelle aux maladies, et notamment au phylloxéra, il est facile à cultiver et permet des rendements élevés. Il devient alors un cépage populaire dans les régions rurales de France.

 

Pourquoi le cépage Noah a-t-il été interdit en France ?

Malgré sa popularité, le cépage Noah est interdit en France en 1935. C'est le cas de cinq autres cépages hybrides : l'Othello, l'Isabelle, le Jacquez, le Clinton et l'Herbemont. À l'époque, on accuse ces cépages de produire des vins contenant trop de méthanol, une substance potentiellement toxique. Il aurait pour effet de troubler les humeurs de façon durable. On raconte d'ailleurs que les vins issus du cépage Noah rendaient fou et aveugle.

Mais en réalité, aucune preuve scientifique n'a jamais confirmé ce danger à des niveaux de consommation raisonnable.

Alors pourquoi le Noah est interdit ? Y aurait-il une autre raison ? Les vins issus de ce cépage étaient âpres et peu agréables, au nez comme en bouche. Ils avaient un profil aromatique très particulier, et étaient souvent décris comme "foxés", c'est-à-dire que l'odeur et la saveur rappelle un animal, un renard plus particulièrement. C'est assez typique de certaines vignes américaines, comme la Vitis labrusca, dont provient le Noah. Leurs arômes évoquaient de la fraise très mûre, du raisin très sucré, du bonbon donnant un côté artificiel. Dans la culture du vin en France et en Europe, on recherche des arômes plus subtils, plus complexes et liés au terroir.

À une époque où le vignoble français cherche à valoriser ses terroirs et ses appellations, on pourrait dire que ces vins font tâche.

 

Le cépage Noah aujourd’hui : entre disparition et curiosité

Aujourd'hui et depuis 1935, le Noah est interdit à la commercialisation en France. Mais il n'a jamais totalement disparu, quelques pieds subsistent encore, notamment dans des jardins privés pour un usage personnel. Mais on s'intéresse de plus en plus à des cépages naturellement résistants et à l'agriculture durable. Ces variétés hybrides suscitent donc de nouveau la curiosité.

 

 

Longtemps cultivé dans les campagnes, le Noah reste un symbole à part dans l’histoire de la vigne. Bien que pratique et résistant, il a été relégué au rang de cépage interdit en France. S’il a presque disparu des paysages viticoles, le Noah continue de susciter curiosité et débats. Il rappelle que l’histoire du vin est faite de choix, d’arbitrages… et parfois d’injustices. Et même s’il est peu probable de le revoir un jour dans nos caves, peut-être que le cépage Noah n’a pas dit son dernier mot.

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